Luanda meurt à petit feu

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En apparence, dans les rues de Luanda, pas grand chose a changé. Toujours les mêmes embouteillages aux heures de pointes, la marginale (les Champs-Elysées à l’angolaise) n’a pas perdu sa beauté d’antan et la mairie a apparemment trouvé les moyens qui lui faisait défaut pour dégager les montagnes des déchets solides qui pourrissaient la ville. Pourtant, depuis l’effondrement des cours de pétrole en été 2014, Luanda meurt à petit feu. Les prix des carburants à la pompe ont triplé, les salaires ne sont plus ponctuels, la monnaie nationale (Kwanza) a été dévaluée à plus de 60%, difficile d’avoir des devises étrangères à la banque, si ce n’est dans la rue où le taux de change est 4 fois plus supérieur au taux officiel.

Face à ces problèmes, il y a lieu de se demander, comment les Angolais parviennent à s’en sortir ? Comment ce peuple n’entre-t-il pas dans une colère dévastatrice ? Comment Luanda ne plonge-t-il pas dans le chaos alors que les structures étatiques semblent encore bien fragiles pour pouvoir l’en empêcher ? Sans structures formelles et efficaces, cette ville devrait au minimum se désintégrer.

La flambée des prix des denrées alimentaires observées ces derniers jours devait être la goutte, la dernière, celle qui ferait déborder le vase. Mais curieusement non ! Ou pas encore. Luanda continue à vivre, à porter son fardeau et sa croix… Sa souffrance est un peu plus intense aujourd’hui qu’hier, mais l’équilibre tient toujours. Et pourtant, cette stabilité est peut-être moins fragile qu’il n’y paraît.

Il existe un adage qui dit: « l’indignation est pour les causes nobles ». Malheureusement, dans ces pays, les causes ne semblent jamais assez nobles pour révolter un peuple. Il faut tout accepter parce que toute autre attitude contraire serait vaine. Nombreux sont ceux qui ont perdu espoir et la souffrance est supportée aujourd’hui avec une certaine fatalité.

Et c’est probablement cette apathie face à l’adversité, cette tolérance face à la souffrance qui permet à Luanda de survivre sans sombrer dans le chaos. La débrouille individuelle plutôt que la révolte collective. Voilà le secret de la stabilité de Luanda.

Mais cette débrouille généralisée a un prix. A tous les niveaux de la société, l’opportunisme est devenu un atout. Chacun tente de profiter au maximum de son influence, de ses privilèges. Autrement dit, désespéré de recevoir quelque chose d’en haut, tout le monde se paie vers le bas. Alors on marche sur ceux qu’on peut écraser. Plutôt que de revendiquer sans espoir, on use de son pouvoir, aussi petit soit-il, pour encaisser les chocs et s’adapter à l’adversité.

C’est ainsi que la hausse des prix est digérée par la société. Chacun exigeant un peu plus de ceux-la sur qui il exerce une forme d’autorité ou une autre forme d’influence. Le policier demandera un peu plus à l’automobiliste, l’enseignant à l’élèves… et ainsi de suite.

Reste qu’une frange importante de la population se trouve forcément en bas de cette pyramide sociale. Ceux là n’ont personne sur qui se payer pour compenser la hausse des prix. Mais ceux là sont à ce point marginalisés, à ce point fragilisés qu’ils n’ont aucun moyen de contester le système. Ils encaissent les chocs, impuissants, développant un peu plus leur tolérance à la souffrance… jusqu’au jour du point de non retour. Le jour où, la goutte d’eau plonge toute une ville dans le chaos et redistribue les cartes du jeu… l’espace d’un instant.

2 Commentaires

  1. Cette situation est un peu pareille à celle de Yaoundé au niveau de la réaction des populations face aux problèmes du quotidien. La patience et le fait de se retourner vers ceux qu’on peut « gratter ». Vivement que la situation ne dégénère pas à Luanda et que la paix et la prospérité puissent régner.

    1. En effet, après réflexion, il me semble que l’on peut voir dans l’attitude des angolais un début d’explication à l’absence d’émeutes de la faim en Afrique.

      Observant la vie à Luanda, la pénibilité du quotidien, on comprend que les africains ont développée une réelle tolérance à la médiocrité. Et l’Afrique a pris le pli de l’indolence.

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