Partir ou ne pas partir: l’impasse d’un sans emploi

J’ai pas envie de compter des années ou raconter les épisodes malheureux que j’ai du connaître en tant que chômeur. Ça fait bien longtemps que je suis sans emploi… Que je cours derrière un job, sans succès… Je suis sans emploi, tout simplement parce que je le veux… Oui, je le veux parce que ce dont on m’a proposé jusqu’à présent, n’était pas conforme à mes attentes. On ne m’a proposé que du pire et du mauvais. On m’a proposé de payer pour travailler. J’ai des principes et je ne compte les échanger avec rien au monde. Alors je me suis conformé à vivre ainsi. Sans emploi.

Il y a 7 ans, je quittais la fac. Je voulais travailler. Travailler pour commencer enfin ma vie. Je postulais trois fois par jour, surfais sur tous les sites d’offres d »emploi, téléchargeait la moindre application pour m’aider à postuler et distribuait des CV à tous ceux qui pouvaient m’aider. J’ai même fait un stage de recherche active d’emploi, une formation en langue, du bénévolat, de l’internship, mais sans succès. Ma liste de CV envoyés et lettres de motivation ne cessait de s’allonger. Par contre, le nombre d’entretiens décrochés tenait sur une demi-main.

Sur LinkedIn, j’ai vu tous mes amis modifier leur profil. Tout le monde arrangé une activité, jusqu’à ce qu’il me soit venu à l’idée de postuler hors de nos frontières. J’ai envoyé mon CV et une lettre de motivation. J’ai reçu une semaine après un appel avec indicatif +258. Là, j’ai eu une longue interview (environ 15 minutes) avec la dame qui me parlait à l’autre bout du fil. Il y a quelques jours, elle m’a appelé pour me dire que le processus de recrutement était clos et que j’étais retenu. Le poste était désormais le mien.

Un beau poste dans une bonne entreprise. Cadre de travail agréable. Salaire, logement, bureau… Tout est impeccable. On dirait que je suis en train de réaliser mon rêve. Tout le monde me félicite. Mais quand on me demande si je suis heureux, je réponds : « pas vraiment »! Tout le monde me dit:  » (…) à ta place je ne penserais pas deux fois, c’est une opportunité unique, ne la laisse pas passer ».

J’en conviens avec vous, c’est une bonne opportunité pour moi, mais en réalité, je n’ai jamais pensé émigrer, parce que je pense que mon pays n’appartient pas seulement aux vieux, aux plus jeunes, ni à qui que ce soit. Émigrer à propos de l’emploi me coûte très cher aujourd’hui. J’aime bien mon pays et j’ai du mal à faire les valises. C’est ici que vit ma famille, toute mon histoire est gravée ici, les amis, et tout le reste est ici. Ici, je me sens chez moi et nulle part ailleurs.

J’écris ce billet parce que je suis dans l’impasse. J’ai peur de faire le mauvais choix. Mes valises sont encore intactes et j’ai peur de mettre mes années de mémoire dans un carton. Il y a 10 ans, j’ai quitté ma terre natale, j’ai promis à mes parents que j’y reviendrais. 10 ans plus tard, je n’y suis toujours pas retourné. Je continue encore ici à Luanda. J’ai peur de partir et de ne plus revenir.

7 Commentaires

  1. Regarde le cas à partir d’une autre vision: et si tu ne partais, saura tu te contenter de cet amour du pays pour vivre, payer tes factures, avoir une vie? retournera tu pour autant chez tes parents? alors que si tu as un travail bien payé…tu aura plus les moyens de revenir voir tes parents, d’accomplir des choses pour ce que tu aime…le saut dans le vide fait souvent peur, mais le voyage vers l’inconnu nous révèle aussi des parties de notre personnalité que nous ne connaissions pas…alors moi je dis, vas-y et n’aie pas peur! peut être que tu aura plus de possibilités en partant là-bas qu’en restant là où tu es!

  2. Je ne dirai pas grand’chose parce que Fatiana a pratiquement tout dit et je partage son commentaire.

    Toutefois, j’ajouterai ceci: personne ne désire du fond de son cœur quitter son pays pour un autre. Mais ce sont les réalités de la vie qui nous obligent.
    Si chez soi ( comme c’est ton cas), on n’a pas ce qu’on recherche et que « ailleurs » nous propose mieux pourquoi hésiter? L' »adage ne dit-il pas souvent que  » on est pas prophète chez soi »?

    Bon courage à toi !

  3. Fonce mon gars! Mais je comprends tellement tn angoisse.Car on a tellement des cas de gens qui se sont expatriés et qui ont récolté la déception quelques années plus tard à cause de la xénophobie( voir centreafrique,afrique du sud, congo brazza et autres)

  4. Je tiens à vous remercier tous pour votre marque de sympathie à mon égard. Je crois savoir que vous êtes nombreux à me dire fonce, j’espère simplement que c’est la bonne décision, mais je voudrais dire ici que l’indicatif +258 dont je parle dans l’article se réfère au Mozambique. Ce pays ne m’a jamais inspirait confiance. L’instabilité politique entre le Frelimo et le Renamo pourrait à n’importe quelle heure être réactivé. Nous l’avons vu dans plusieurs pays, ceux qui payent le lourd tribu ce sont des expatriés, le cas le plus échéant c’est la Centrafrique. J’ai vu des familles d’origine tchadiennes être dépouillées, chassées alors qu’elles vivaient a plus de 3 voire 4 génération dans ce pays. Je ne dis pas que c’est ce qui va m’arriver, mais prudence. Un ami congolais me disait toujours EKENGE fait l’homme. Autre chose la nostalgie de mon pays, à baia de Luanda, as fendas da Tundavala, a serra da leba, nossa ilha de mossulo, a nova marginal de Luanda, mufete, cacuso, calulu et tant bien d’autres histoires vont beaucoup me manquer. Pour être sincère, ma décision je la prendrais en dernière ressort. En attendant, j’ai encore un mois et j’en profite.

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