Luanda: une ville divisé par un miroir sans teint

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Le week-end dernière, je me suis rendu à Talatona. Pour être plus précis à l’hôtel HCTA pour un déjeuner amical ! Talatona comme Kilamba Kiaxi, ce sont ces nouveaux quartiers huppés où fleurissent au quotidien des jolis building, les rues sont toutes asphaltés, l’eau et l’énergie y sont permanent 24 heures sur 24 et le service d’assainissement du milieu y travaille d’arrache pied. Ce quartier comme d’autres d’ailleurs font partie de ces bastions déconnectés où la jet set luandaise, toutes couleurs de peau confondues, aime à parader le week-end.

Première réflexion quand vous arrivez dans ce genre d’endroit : « Y a du pognon à Luanda ! ». L’état de la ville vous laissera pourtant en douter. C’est dans ces petits quartiers mondains que l’on réalise notamment la richesse du sol et du sous sol de cette ancienne métropole portugaise. On y voit apparaître des bâtiments surélevés les uns sur les autres, de luxueux 4×4, des villas, des supermarchés et une gente habillée aux grandes marques européennes ou américaines.

C’est là aussi que l’on perçoit le gouffre qui sépare une certaine caste privilégiée du reste de la population. J’habite à quelques patte de ce quartier à Futungu plus précisément, pourtant j’ai du suivre la CAN avec un groupe électrogène. L’EPAL, le service de distribution d’eau a déserté de sa mission et chacun fait comme il peut. Un tank d’eau et le problème est résolu.

Autre problème, la pluie. Pas de doute, la saison des pluies est bien de retour depuis quelques mois. Il ne pleut pas beaucoup à Luanda, mais il n’aura fallu que quelques orages pour que les routes retrouvent leurs cratères d’antan. En effet, la pluie est souvent dévastatrice à Luanda. La semaine dernière, elle a causé la mort d’une quinzaine de personnes. Les unes ensevelies sous leur maison, les autres électrocutées par les fils dénudés baignant dans l’eau.

En général, ces images ne passent pas souvent à la télé, à longueur du jour, la télévision nous invite à la table de la bourgeoisie sans qu’on ne puisse prendre part au repas. Dans l’indifférence et l’anonymat, nous assistons à la fête de la consommation et rêvons en silence de belles voitures et de grands couturiers. A Luanda on voit les mêmes images qu’à Paris, Washington ou Rio de Janeiro: Mercedes, Citroën, Humer, Dior et Armani sont ici presque aussi vénérés que Jésus-Christ.

Le rideau de fer d’hier a donc laissé place à un miroir sans teint. Ce miroir sans teint permet à une certaine classe de consommer en toute sérénité. On a la conscience qui tire lorsqu’on refuse l’aumône à un pauvre dans la rue. Mais face à un miroir qui ne nous renvoie que notre propre image, on a beaucoup moins de scrupules à accumuler. Peu importe si de l’autre côté du miroir, 15 millions de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour. Peu importe s’ils assistent au spectacle avec avidité.

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